Le haïku en france : poesie, musique

Evènement | 4 mars 2010

Le colloque intitulé « LE HAÏKU EN FRANCE : POESIE, MUSIQUE » se propose d'étudier la réception du haïku en France, dans une période particulièrement riche sur le plan des échanges culturels entre l'Europe et l'Extrême-Orient. Il s'inscrit dans la politique de recherche développée par l'Université Jean Moulin Lyon 3 autour des questions de l'interculturalité dans le cadre du PPF Europe-Asie.
 
    Lorsque Masaoka Shiki (1867-1902), contemporain d'un Mallarmé vieillissant, invente le mot haïku, ce genre que Bashô (1644-1694) avait porté à la perfection avant qu'il n'entre en décadence, n'était plus guère perçu au Japon que comme un exercice de virtuosité formelle. Héritier d'une longue histoire, que l'on peut faire débuter à l'époque de Nara (710-794) au VIIIème siècle, le mot haï-kaï (littéralement "poèmes mettant en œuvre les jeux de l'esprit") est attesté en 905 pour désigner des tanka, poèmes brefs d'allure familière que l'on distingue des poèmes longs (chôka) et dont le ton contraste avec la poésie officielle (waka) regroupés autour de thématiques, en particulier autour de l'alternance des saisons dès la fin du XIIème siècle. En inventant en 1891 le mot haïku, Masaoka Shiki est celui qui donne un souffle nouveau à un genre que les poètes français, liquidant l'héritage symboliste, reconnaissent comme une forme plus en accord avec une position désormais critique de la subjectivité et susceptible d'exprimer une sincérité nouvelle.   
    Le haïku est reçu en France au moment où culminent des catégories esthétiques comme la notion de "poésie pure", catégories privilégiant une certaine clôture du poème ainsi qu'un rapport ontologique et aporétique à l'ineffable. L'intérêt des poètes français pour le haïku vient après l'engouement pour le "japonisme". En 1906, Paul-Louis Couchoud publie dans la revue Les Lettres ses Epigrammes lyriques du Japon. Si l'on peut situer son apogée dans les années 1920 (la NRF publie en 1920 un important volume consacré au haïkaï et les dictionnaires situent en 1922 l'emploi des termes haïku et haïkaï), force est de constater qu'il s'implante durablement en France et nourrit pour une large part un repositionnement majeur des enjeux de la modernité (situation du sujet lyrique, contrainte formelle, statut de l'image, rapport au réel, ontologie du poème).
    Pourtant la situation du haïku semble pour une large part le fait d'une méprise. Dans le paysage de la poésie contemporaine, le haïku et l'idéal japonais du yûgen qui le sous-tend sont en effet confusément associés au poème bref, à une poétique du fragmentaire, en un mot à une saisie phénoménologique du réel. C'est cette conception du haïku que Barthes fera sienne notamment dans L'Empire des signes lorsqu'il retiendra plus particulièrement de cette forme, dans une perspective structuraliste et textualiste, la "suspension panique du langage" qu'il opère. En témoigne encore aujourd'hui la publication de textes en anthologies, éditions qui occultent le plus souvent cet échange entre poésie et prose qui, dans la littérature japonaise, est à l'origine de son énigmatique beauté. 

    L'objet de ce colloque sur le haïku en France est d'interroger l'origine, les formes, les conséquences de cette méprise "interculturelle" sur le paysage de la poésie contemporaine en France, de soumettre à l'examen les métaphores qui recouvrent cette poétique du pauvre et de l'art bref que la tradition occidentale et notamment française s'est plue à y reconnaître.
    Il va de soi que la brièveté, l'ellipse, l'assomption de la fragilité de la vie sont les notions les plus évidentes que les poètes occidentaux attribuent à l'esthétique japonaise. Que nous dit cependant cette "reconnaissance" quant à la redéfinition du poétique qui s'opère dans la liquidation du post-symbolisme et la quête de formes nouvelles ? Quels rapports au réel se trouvent de fait modifiés ? Quelles ontologies résultent de ce repositionnement sur des questions aussi essentielles que la mimésis ou le rapport de la poésie à la subjectivité et à l'image ? Nul doute en effet que nombre de poètes français aient été sensibles à la révélation extatique qui relie le haïku à l'expérience notamment du "satori" par lequel l'esprit peut accéder à la vérité de l'Être.

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